8. La Suisse championne de l’économie du futur : décentralisée, durable et sociale

Comme directeur de la Promotion économique, j’ai eu pendant 8 ans une position privilégiée pour côtoyer les entreprises de notre canton, discuter avec leurs dirigeants. Je connais bien leurs forces et leurs faiblesses, et surtout je me suis intéressé de manière curieuse au nouvelles tendances de l’économie mondiale auxquelles elles sont inévitablement confrontées. 

L’économie n’est pas une fin en soi, elle doit rester au service de la population,. mais il n’y a pas de projet social fort sans une économie forte, productrice de valeur à redistribuer. Or l’économie mondiale est en profonde mutation dans les 20 prochaines années. C’est à la fois une menace, si notre économie ne prend pas les bons trains, et une opportunité importante parce que la Suisse possède de sérieux atouts pour se développer de manière très favorable dans ce nouveau monde économique, à condition qu’elle en reconnaisse les nouveaux enjeux et se positionne de manière constructive.

Quelques tendances

  1. Les coûts environnementaux devront être intégrés à l’économie. De la même manière que les coûts sociaux (AVS, vacances payées, assurance chômage…) ont été intégrés à l’économie du 20ème siècle, les coûts environnementaux seront d’une manière ou d’une autre intégrés à celle du 21ème..

Une idée intéressante et facile à mettre en place serait de remplacer une partie de la fiscalité actuelle (à somme égale) par un impôt sur les carburants fossiles, qui peut être prélevé directement à leur entrée en Suisse. Il ne n’agit certainement pas d’augmenter les taxes, mais de diriger la fiscalité de manière sélective afin d’induire des comportements favorables à l’environnement. C’est un gros chantier qui sera forcément fédéral, sur lequel il faut trouver des compromis qui permettent de favoriser une économie respectueuse de l’environnement.

  1. L’économie mondiale est depuis plusieurs dizaines d’années dans une tendance généralisée de concentration par rachats, avec la croissance de multinationales qui ont tendance à concentrer leurs centres de décision dans des métropoles internationales. Ce mécanisme est en général peu favorable pour la Suisse et a priori pas non plus pour Fribourg, puisque les centres de décision ont tendance à quitter la Suisse. Cette tendance n’est toutefois pas irréversible… certains économistes (Jeremy Rifkin notamment) prédisent l’émergence de nouvelles formes de décentralisation de l’économie, en raison de la conjonction d’une baisse simultanée des coûts de communication (internet devient quasiment gratuit sur l’ensemble de la planète) suivie par celle des coûts de l’énergie (avec la décentralisation de la production électrique). Cette nouvelle «économie collaborative» est fondamentalement décentralisée, distribuée et participative, et n’a plus besoin de métropoles pour se développer. Elle pourrait même menacer dans certains secteurs les grands groupes fragilisés par une concentration parfois excessive. La bonne nouvelle est que la Suisse, avec son haut niveau technologique, sa culture de décentralisation décisionnaire, est un parfait acteur pour participer activement à ces nouveaux modèles économiques. Il faut donc soutenir et encourager cette évolution favorable au tissu économique de notre pays.

A titre d’exemple, l’industrie automobile se concentre de plus en plus dans quelques pays à forte population (USA, Chine, Allemagne) dans des chaines de production entièrement robotisées qui impliquent plusieurs milliards d’investissement pour produire plus de 100’000 voitures par an, qui nécessitent chacun l’assemblage de 50’000 pièces. Une startup suisse développe actuellement un véhicule urbain en biomatériaux qui assemblera 1’800 pièces dans une chaine de production qui coutera 20 millions et sera rentable pour 5’000 véhicules par an, permettant ainsi un modèle de production complètement décentralisé. Une technologie suisse permet une rupture dans une industrie hypercentralisée qui est devenue de fait vulnérable. Le potentiel économique, même distribué, est évidemment immense, et c’est le retour de la Suisse dans une industrie où elle n’était plus présente de manière significative.

  1. Les chaines de valeurs s’ouvrent vers les besoins des économies émergeantes : la croissance démographique dans l’hémisphère sud reste évidemment un problème majeur si l’on considère le bilan carbone de la planète ou les risques liés aux flux migratoires. Par contre, elle est génératrice de besoins économiques extrêmement importants. La Suisse technologique, collaborative, disposant d’une image excellente de qualité dans ces pays en développement, est un partenaire économique de choix comme fournisseur de technologie et comme partenaire économique dans des chaînes de valeur ouvertes et collaboratives, incluant les technologies les plus récentes, notamment dans les domaines des communications et des outils financiers.

L’Afrique, qui a été quasiment absente pendant des années des investissements industriels occidentaux, est aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises, y compris par des intérêts géopolitiques (Chine, Georges Sorros…) parce qu’elle est un réservoir important de matières premières et que sa croissance démographique au 21èmesiècle va dépasser celle de l’Asie, générant les besoins économiques d’une nouvelle classe moyenne.

  1. Les pays industrialisés consacrent tous entre 0.5 et 1.0% de leur PIB à une politique de développement vers les pays en développement, qui traditionnellement distribuait des aides à fond perdu avec des résultats souvent décevants. Cette politique du développement s’oriente enfin depuis quelques années vers du « financement d’impact » dans lequel les moyens financiers ne sont plus versés à fond perdu, mais participent au financement global de projets entrepreneuriaux, parfois en parallèle avec des investissements privés rentables (entrepreneuriat social). Depuis 2008, je suis président du conseil d’administration de Swiss Fresh Water SA (SFW), une startup lémanique active dans les systèmes de dessalement d’eau potable décentralisés, considérée comme une « success story » par la Confédération et un pionnier de ces nouveaux modèles de développement.

SFW occupe une dizaine de personnes salariées à Romanel (VD), une quinzaine à Fatick au Sénégal. Elle donne du travaille à près de 250 personnes qui produisent de l’eau dans leur village et alimente chaque jour en eau potable plus de 100’000 personnes dans le sud du Sénégal. Grâce à l’internet des objets, SFW collecte heure par heure sur ses serveurs les informations de fonctionnement de 200 machines en opération au Sénégal et planifie à distance les opérations de maintenance locales.

Une Suisse ouverte, fournisseur des plus récentes technologies, peut contribuer de manière significative à développer dans ces économies émergeante un modèle de développement ouvert, collaboratif et décentralisé, qui développe de la valeur aussi bien en Suisse que dans les économies locales.

  1. L’industrie financière est en ébullition depuis quelques années avec l’émergeance des technologies « blockchain » (fintech), qui ont le potentiel de révolutionner la finance dans les échanges économiques. Plus que les cryptomonnaies (bitcoin, …), qui sont peut-être un phénomène de mode, ce qui est intéressant est la capacité de ces technologies à générer des nouveaux modèles d’affaires, notamment par l’utilisation de « smart contracts ». Pour une fois, la législation suisse a pris un coup d’avance en étant la première au monde à fixer un cadre légal pour ces nouvelles activités financières. La Suisse est devenue, surtout du côté de Zürich et de Zoug, un laboratoire mondial pour ces nouveaux instruments financiers. Il faut encourager cette Suisse innovante, laboratoire du monde, qui explore et exporte de nouvelle idées créatrices de valeur en Suisse en créant de nouveaux emplois hautement qualifiés.

Projet national

Le monde bouge, vite, et la Suisse a des atouts importants à défendre. C’est le confort de sa population dans 20 ans qui est en jeu. Il faut impérativement reconnaître les tendances importantes de l’économie mondialeet soutenir le positionnement de la Suisse dans ces nouveaux créneaux.

L’innovation de pointe peut paraître élitiste et peu populaire, c’est vrai. Mais c’est la matière première de la Suisse. Les entreprises technologiques, exportatrice et à haute valeur ajoutée, sont le moteur de l’économie suisse. Même si elles ne représentent finalement que 10 à 15% des emplois, ces activités à très haute valeur ajoutée engendrent en cascade des emplois dans la sous-traitance industrielle, puis dans les services et le commerce, maintenant en Suisse un niveau de vie de qualité que le monde entier nous envie. La suisse technologique est la locomotive de l’économie suisse, aujourd’hui déjà et encore plus dans le futur. Il faut entretenir et moderniser la locomotive pour être certain qu’elle remplit sa fonction, dans l’intérêt de la population suisse qui en bénéficie.

Une économie forte et moderne permet de développer un projet social fort pour le bien-être de toute la population.

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